Députation nationale : la ruée vers « laure »

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Députation nationale

Laure est un nom féminin désignant un hameau religieux habité par des moines isolés et retranchés. Dans ce monastère de l’Orient chrétien, se réunissent une fois par semaine des religieux pour l’office et les repas.

La laure représente un lieu de quiétude, d’assurance et de réconfort pour quiconque y a accès. Là-bas, les moines vivent en ermites, coupés de toutes réalités de la société. Au sein de la laure la vie à l’extérieur, au-delà d’être étranger, n’est que parodie.

Depuis 2006, le palais du peuple est devenu une véritable Laure où s’opère une impressionnante ruée vers l’or. Comme en 1848 lorsque les colons américains ont découvert de l’or en Californie, des congolais de toutes strates accourent vers l’hémicycle.

9.500 candidatures en 2016, 19.000 en 2011 et 15.505 sont provisoirement retenues pour 2018. Ce, malgré l’augmentation de la caution électorale et l’introduction du principe de paiement par nombre de siège ou par candidat.

 

La fonction politique désacralisée

Elle est bien loin l’époque où l’on pouvait se délecter d’un riche débat entre les politiques congolais et belges. Et oui, il devient de moins en moins évident de revivre ce débat historique du 11 décembre 1988.

Alors qu’adulée sous d’autres cieux, la fonction politique est de plus en plus désacralisée au pays de Lumumba. Et dire que dans ce pays, vécurent Mulumba Lukoji, Kitengye Yezu, Nguz-a-Karl-i-Bond, Joseph Iléo, Mpinga Kasenda, … Aujourd’hui, nous vivons l’époque de « on roule à Mbeba » et de « Chance eloko pamba ».

Déstructuré, l’Etat a perdu autant de sa valeur que de son autorité. Exercer une fonction politique, n’a plus aucunes contraintes ni exigences à ce jour. Tout est question de chance ou d’opportunité et de fidélité vis-à-vis du « créateur ».

 

Une assurance vie financière

Le tissu socio-économique du pays ayant été totalement détruit, la politique paraît être la meilleure garantie de vie. Et à la lumière de ce qui se vit dans Kinshasa, l’homme politique est le nouveau riche.

La politique semble, en effet, être le seul secteur de la vie qui paie bien, d’où cette ruée. De Moanda à Goma, de Kasumbalesa à Gemena, jeunes et vieux accourent vers cette vaste offre d’emploi (parlementaire) de 500 postes disponibles.

Ceux à qui la chance sourira, oui j’ai bien dit la chance car de ce côté de l’atlantique être député de chance, siégeront à la table de dégustation.

 

Orphée perd ses rejetons

Bien que présents lors des scrutins précédents, les artistes musiciens ont cette fois-ci augmentés leur ambition politique.

Pourtant, ils sont perçus, les leaders du moins, comme étant proche du soleil. Malgré tout l’arsenal « trompe œil » qu’ils exhibent, ces musiciens dissimulent une pauvreté aussi bien morale que matérielle.

Pour y remédier, l’hémicycle du palais du peuple est « laure ». Fort de leur succès (musical), ces musiciens prétendent se révolter contre ce système qui les nourrit. Ils se présentent désormais en meilleur défenseur de la population. Car, d’après eux, ils vivent et partagent avec elle toute sa peine.

A se demander comment des personnages imbus d’eux-mêmes peuvent-il, tant soit peu, penser plaider pour les autres.

Ainsi donc, après avoir infecter le quatrième art, « les grands leaders-charismatiques » de la musique se tourne vers la politique.

 

Berckmans Kitumu

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