Société: les funérailles coûtent de plus en plus chères à Kinshasa

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Il ne fait pas bon actuellement d’organiser les funérailles à Kinshasa. Il faut débourser des sommes exorbitantes pour enterrer votre proche dans les meilleures conditions.

Morgue, exposition du corps au funérarium, inhumation, bain de consolation, accueil de la famille : la facture est très salée. Elle peut s’élever entre 2.500-5000$ pour les moins nantis et jusqu’à 10.000$ ou plus pour les plus nantis. En RDC, un employé d’une entreprise privée touche entre 150 et 200 dollars par mois, 100 dollars en moyenne pour un fonctionnaire.

Maladies ( malaria, choléra, dysenterie, sida, etc.), violences, inondations, vents violents, coulée de boue, malnutrition, etc. Plusieurs événements tragiques endeuillent Kinshasa.

La mortalité est très élevée. L’espérance​ de vie est de 50 ans pour les hommes et 55 ans pour les femmes. Tout cela rappelle le coût écrasant des obsèques et des cérémonies de deuil pour des familles. Beaucoup d’ailleurs sont sans grands moyens mais contraintes à cette forte tradition dispendieuse de la société kinoise.

 

Multiplication des funérarium

 

La famille de Chantal Mungul porte le deuil de leur parent décédée des suites d’une maladie. Les proches de cette modeste vendeuses des planches ont déboursé 620 dollars pour la location du funérarium. la bière est installée sous un chapiteau à côté d’une salle des fêtes, selon son fils Lassana Egboki.

« Pour chaque corps exposé, l’État prélève 20 dollars », précise le gestionnaire de la salle chrysalide dans la commune de Kalamu. Avec des centaines de deuils par jour, les salles de fêtes qui servent de funérarium représentent une activité prospère dans la capitale aux 10 millions d’habitants. Elles pullulent actuellement à Kinshasa.

De nos jours, les salles ont Elles pris les dessus sur les anciens espaces des funérailles. Autrefois, les deuils étaient exposés aux domiciles de défunt, les rues, avenues, la cour des maisons communales, etc.

« A Kinshasa, plus de 800 salles sont répertoriées », a indiqué le ministre provincial des Finances, Guy Matondo. On y organise aussi des activités plus joyeuses: mariages, festins, conférences, concerts.

 

Le parcours du combattant

 

Les obsèques à Kinshasa commencent à la morgue. Mandungu Jean, fonctionnaire à la retraite, affirme avoir déboursé plus d’une centaine de dollars pour la conservation du corps de sa femme âgée de 47ans, décédée au début d’année. Les prix des morgues varient d’un hôpital à un autre et dépendent aussi du public et du privé.
À titre d’exemple, la morgue de l’hôpital général de Kinshasa coûte par jour 50.000 FC contre 90.000 FC pour le centre Bondeko de Limete.

C’est un cercle vicieux: le corps est conservé à la morgue, le temps que la famille réunisse de l’argent pour les obsèques, par exemple auprès de membres de la diaspora en Europe, si elle en a. Pour embaumer le corps, une pratique en vogue à Kinshasa, Jean Mandungu a payé de surcroît 50 dollars, sans oublier l’achat d’habits neufs pour le défunt.

 

Dépense exorbitante

 

Vient ensuite le choix du cercueil, avec des entrées de gamme à 250 dollars, les prix pouvant aller jusqu’à plus de 1.000 dollars. Le coût du transport du corps de la morgue au funérarium, puis au cimetière, s’élève entre 100 et 500 dollars. Du funérarium au cimetière, les familles louent aussi des bus pour transporter les membres du clan et des amis.

L’enterrement n’est pas donné : 150 dollars pour un espace au cimetière, 100 dollars aux fossoyeurs, plus une taxe obligatoire versée à la garde républicaine de 15.000 francs (10 dollars). Pour enterrer au nouveau cimetière Nécropole entre ciel et terre, il faut débourser 4500$ pour une place.

Après l’enterrement, il faut compter avec l’obligatoire bain de consolation. Il s’agit de nos jours de plus qu’un rafraîchissement, il faut aussi penser à des petits plats. Le tout pour une assistance estimée à 200 voire 300 personnes.

Ainsi est né des expressions telles que: fête yango elekaki bien te. Une manière de dire qu’on n’a pas bien mangé ni bu Lors des funérailles.

Les obsèques sont devenus aussi de lieu d’affirmation de l’identité ou de statut social. Tous les détails comptent même la qualité de l’assistance, le nombre des véhicules au parking, la qualité de la salle, des couronnes de fleurs, du cercueil et même du cimetière.

On ne vient plus aux obsèques n’importent comment. Il faut sortir sa plus belle tenue et arborer une très belle coiffure au risque de se retrouver en marge.

Après le bain de consolation, chaque membre éploré doit réunir ses amis ou ceux qui l’ont suivi dans un bar, terrasse et même boîte de nuit où la soirée sera prolongée. D’autres dépenses en perspective.

 

Changer des mentalités

 

Le professeur Henri Kokolo estime qu’il est temps « d’engager une réflexion approfondie » face à cette culture dispendieuse. Une culture qui tend« à économiser de l’argent pour des obsèques en fanfare plutôt que de cotiser pour des soins médicaux ».

Il propose que la réflexion aille jusqu’à « proposer l’incinération » des corps, jugée moins coûteuse. Cette pratique que choquante pour les Kinois peut épargner beaucoup des dépenses aux familles endeuillées.

D’un autre côté, l’on peut aussi faire comme sous d’autres cieux, à la sortie du corps de la morgue, il est conduit directement au cimetière après un bref moment de recueillement des amis et proches.

Mais un grand travail doit être fait en amont pour changer les mentalités des gens adonnés à cette culture.

 

Thierry bishop Mfundu

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