Marche des Chrétiens du 16 Février 1992 : Entre Dicta Religieux et Revendications citoyennes ?

share on:

Il est certes vrai dans un État laïc il y a séparation entre les affaires de l’État et l’Église. Mais la question de laïcité de l’État en RDC doit être étudiée avec des lunettes pour bien trouver cette démarcation entre l’État et la Religion. Car, déjà lors de la colonisation, les Belges ont utilisé la religion pour faire asseoir leur autorité sur les congolais. La religion était alors considérée comme un outil indispensable à la propagation de l’autorité coloniale, c’est de cette manière que les affaires religieuses ont été rattachées aux affaires d’État.

 

En 1950, Période qui caractérisait l’éveil de conscience des colonisés qui revendiquaient leur indépendance, ceux qui étaient aux avants plans étaient toujours des Religieux. Le cas de citer le Cardinal Malulu, Simon Kimbangu etc…

 

Après, l’indépendance vu la relation privilégiée qu’entretenait les nouveaux dirigeants du Congo Libre, avec d’ailleurs Joseph Kasa Vubu un ancien séminariste, l’État était toujours resté à côté de l’église. Ils pouvaient être bons amis ou des ennemis en fonction des circonstances et situations de l’époque.

 

C’est dans ce même contexte qu’en 1992, année caractérisée par le vent de démocratisation, que s’ouvre la Conférence Nationale Souveraine (CNS) censée faire le bilan de 30 ans de dictature de Mobutu, faire rupture avec ce passé et projeter des nouvelles bases politiques, sociales, économiques et juridiques pour bâtir une nation démocratique et forte au cœur de l’Afrique.

 

Se considérant comme la première cible de cette Conférence, conscient que l’hégémonie de son pouvoir est mise en jeu, Mobutu décide de suspendre les travaux de la CNS qui étaient dirigés à l’époque par l’actuel Archevêque métropolitain de Kinshasa, Laurent Monsengwo.

 

Ce dernier, soucié de l’avenir du Congo appellera les fidèles catholiques à descendre dans la rue pour réclamer la réouverture des travaux de la CNS.

 

C’est alors que la répression sanglante s’abat sur les manifestants et débute alors le bras de fer entre l’église catholique et l’État congolais.

 

De l’analyse minutieuse de cette marche, bien que sur le plan formel on peut considérer la descente des Chrétiens dans la rue comme la réponse au dicta religieux. Mais sur le fond, on peut noter que le peuple congolais en avait marre du régime dictatorial, caractérisé par la prédation des libertés publiques, le peuple congolais voulait à l’instar d’autres peuples Africains de l’époque expérimenté le régime démocratique dont les conférences souveraines en Afrique ont été les éléments déclencheurs.

 

C’est ainsi que les congolais ont décidé de prendre son destin en main et sont sortis dans la rue pour manifester leur mécontentement contre la décision portant suspension des travaux de la conférence nationale souveraine.

 

26 ans, après c’est événement sanglant, on peut dire que ces congolais n’étaient pas morts rien. Car leur acte de bravoure a contribué à l’avènement de la démocratie en RDC.

 

Aujourd’hui, avec le Processus démocratique dans l’impasse, le seul moyen légitime que dispose le peuple pour le rétablir c’est de descendre dans la rue, car en face il y a un groupe d’individus déterminés à exercer le pouvoir en se soustrayant des paramètres normatifs, de la raison publique consensuelle négociée et de tous les textes fondant un État démocratique, ce qui plonge le pays dans une situation d’incertitude généralisée, incertitude politique, incertitude constitutionnelle, incertitude économique et incertitude sociale et financière.

 

C’est dans cette logique qu’il faudrait inscrire les actions du Comité des Laïcs catholiques, qui ne fait que continuer l’œuvre d’éveil et de prise de conscience du peuple congolais. Un combat débuté par le cardinal Malula en 1959 et adjoint par les Chrétiens en 1992.

 

Comme pour dire que l’église a toujours une mission salvatrice dans la société à côté de la mission pastorale. Car aucun évangile ne peut se proclamer lorsque le peuple n’est pas en paix, lorsque le peuple est confronté à la misère quotidienne.

 

Merphy Pongo

Leave a Response