Guerre larvée église catholique – Gouvernement: L’après 31 décembre s’annonce très animé

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Là où les opposants ont échoué, l’église catholique vient d’engranger des points. Et les retombées n’ont pas tardé. Certes Kabila est toujours président, mais la contestation a gagné du terrain.

 

En effet, le pouvoir qui soutient que la marche des catholiques procédait d’une logique insurrectionnelle est aujourd’hui secoué de toutes parts. Des condamnations fusent de partout et les tentatives de justification de la répression semblent de plus en plus légères, frisant même le ridicule. Rangée derrière le Comité Laïc de Coordination (CLC), la population a fini par lui asséner un coup fatal, l’obligeant à sortir de ses gonds.

 

Craignant le moindre soulèvement, ils ont dressé devant des manifestants pacifiques, bibles à la main, arborant des insignes religieux et fredonnant des cantiques religieux, des policiers et des militaires tirant à bout portant et à balles réelles. Conséquence : plusieurs morts, des blessés graves et une centaine de personnes arrêtées. Il s’agit là d’une violation flagrante des droits humains et d’une répression ‘’digne’’ des régimes totalitaires. C’est même la preuve, s’il en faut encore, du retour au galop des méthodes caporalistes de la IIème République.

 

L’un des leaders de l’opposition, Vital Kamerhe, ayant participé à la marche à la paroisse Saint Michel dans la commune de Bandalungwa, a révélé que du temps de Mobutu le pays n’a jamais vécu de telles brutalités dans des lieux de culte et en pleine célébration eucharistique. Les tenants du pouvoir ont donc choisi clairement de profaner des lieux saints plutôt que de laisser s’écrouler leur pouvoir déjà chancelant. Mais c’était sans compter avec la vigilance tous azimuts de la communauté internationale qui a réagi vigoureusement.

 

La communauté internationale dénonce

 

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, par la bouche de son porte-parole, Liz Throssel, a exhorté le gouvernement congolais à « veiller à ce que tout le monde, y compris les opposants politiques, les journalistes et les représentants de la société civile, puisse exercer pleinement son droit à la liberté d’association, de réunion pacifique, d’opinion et d’expression ». Aussi, a-t-il exigé « des enquêtes crédibles et indépendantes sur le recours présumé à une force excessive, et que les responsables des violations des droits de l’homme devraient être traduits en justice ».

 

Sur la même lancée, le ministre belge des affaires étrangères, Didier Reynders, estime que « face à des événements aussi tragiques, la responsabilité individuelle des auteurs et de ceux qui n’ont pas respecté l’accord du 31 décembre (dit de la Saint-Sylvestre, conclu en décembre 2016 entre la Majorité présidentielle et l’opposition et prévoyant un maintien de Joseph Kabila au pouvoir jusque fin 2017) est engagée ».

 

Si la communauté internationale a de manière quasi-unanime déploré la barbarie des dirigeants congolais sur sa propre population qu’ils assimilent parfois, et toute honte bue, à la milice Kamwena Nsapu ou, sans rire, aux terroristes, les réactions les plus virulentes et les plus angoissantes pour le pouvoir sont venues des Congolais eux-mêmes, en l’occurrence du Cardinal Mosengwo.

 

Guerre larvée Église catholique – Gouvernement

 

Dans le cadre d’une déclaration faite le 2 janvier, l’archevêque de Kinshasa a condamné vivement, et en choisissant des mots durs, la répression sanglante du dimanche 31 décembre. « La grandeur de l’homme se situe non dans les astuces politiques pour la conquête du pouvoir, mais dans la mesure où cette sagesse est mise au service du peuple », a-t-il rappelé.

Et d’ajouter qu’« il est temps que la vérité l’emporte sur le mensonge systémique, que les médiocres dégagent et que règnent la justice et la paix en RDC (…) Comment pouvons-nous faire confiance, s’est-il interrogé, aux dirigeants qui bafouent la liberté relieuse du peuple ? (…) Nous voulons un Congo de valeurs et non d’antivaleurs, a martelé ce prince de l’église ».

 

Cette déclaration a provoqué du côté du gouvernement et de sa majorité une véritable levée de boucliers. Le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, a affirmé, dans sa conférence de presse du 3 janvier, qu’à travers ce message, le prélat catholique « incite en même temps les Congolais à la haine et à la confrontation en les opposant les uns aux autres par un discours belliqueux aux accents de combattant puisqu’il endosse volontiers le statut de croisé avec le vocabulaire des révolutionnaires des printemps arabes ».

 

A l’issue de son conseil de ministres du vendredi 5 janvier, le gouvernement avait pris la résolution, « pour arrêter le cycle de la violence en perspective pour cette année 2018, et empêcher les organisateurs de la marche du 31 décembre de récidiver, de demander à la justice de se saisir du dossier et d’établir des responsabilités. Le respect de la loi passe avant les considérations d’opportunité, a-t-il fait savoir ». Très vite, le CLC a réagi dans un communiqué publié le samedi 6 janvier pour en appeler à la résistance et à la persévérance.

« Tenant compte de la popularité de la marche du 31 décembre 2017, a prévenu le même samedi le Nonce apostolique, Luis Mariano Montemayor, il est fort probable que d’autres initiatives seront organisées dans les prochains mois. Il faut, a renchéri à l’attention des évêques et archevêques le représentant du Pape, se préparer à répondre aux éventuelles adhésions dans votre circonscription ecclésiastique ».

On assiste manifestement à une bataille rangée entre le régime et ceux qui se réclament du camp du peuple, désormais incarné par le très adulé Mgr Mosengwo. Ce dernier, loin de céder aux attaques dirigées contre sa personne, a décidé de ne pas se taire. Avec lui, de nombreux Congolais. L’avenir nous réserve certainement des surprises, la marche du 31 décembre ayant suffisamment galvanisé ce qu’on aime à appeler ici, et à juste titre, le souverain primaire.

 

JPD Libaku

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