RDC : Marches pacifiques et villes mortes au goût d’irréalisme politique (Édito)

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Rendez-vous manqué

Deux jours après sa marche du 30 novembre 2017 transformée en journée ville morte, le Rassop, avait annoncé, une marche « de sommation » ou de mise en demeure pour le 19 décembre 2017. Cette date qui, peut-on s’en rendre compte, n’a pas été choisie au hasard. Elle marque, en effet, l’an un de la répression sauvage des Congolais qui exprimaient leur ras-le-bol à l’endroit de Kabila. Et aujourd’hui encore, les survivants à cette répression sanglante clament l’illégalité et l’illégitimité du président au pouvoir à travers des marches pacifiques.

 

Après une année de ‘’glissement’’ formalisé par les acteurs politiques et de la société civile réunis sous les bons offices des évêques catholiques, les élections tant attendues n’ont pu se tenir, pour des raisons prétendument techniques et financières.

Du coup, Kabila s’installe confortablement dans le glissement et ce jusqu’au 12 janvier 2019, date prévue par la CENI pour la prestation de serment du Président élu. Et ce, au grand dam des populations qui auraient voulu en découdre le plus tôt possible, par le biais des urnes, avec l’actuelle majorité.

 

C’est justement cette aspiration des citoyens congolais que le Rassop prétend porter en préconisant, faute d’élections dans le délai fixé par l’Accord de la Saint Sylvestre, une transition de six mois sans Kabila dès le début de l’année prochaine.

La marche, ou plutôt la journée ville morte du 30 novembre et la manifestation projetée hier 19 décembre (une action contenue par la Police nationale) font partie des stratégies mises en place par cette plate-forme politique pour mobiliser le peuple congolais en vue de l’ ‘’assaut final’’ du 31 décembre.

 

Peut-on affirmer, au regard des résultats obtenus jusque-là, que ces stratégies sont efficaces ? La dernière manifestation du Rassop ne suffit-elle pas pour démontrer leurs limites ?

 

Pour des observateurs avertis, le Rassop n’a pas encore trouvé la solution idoine afin d’arriver à mobiliser les masses à travers le pays. Pour s’en convaincre, il suffit justement de se rappeler l’échec de la marche du 30 novembre, quoique certains cadres du Rassop s’obstinent à ne pas reconnaître qu’ils ont perdu la partie. Le président du Rassop, lui, préférant la vérité à la mascarade, a déclaré, pour justifier ce revers, qu’il n’aurait pas dû attendre l’arrivée des combattants pour entamer la marche et que cela était une erreur stratégique de sa part. Même sans cet aveu, tout analyste sérieux peut bien constater qu’ils ont raté leur marche. Et que dire de la journée d’hier ? La marche de mise en demeure annoncée avec fracas ne l’a été que de déclarations.

 

Si le gouvernement ne peut en toute logique se féliciter de la journée ville morte à laquelle on a assisté plutôt qu’à la marche annoncée, vu les pertes évaluées en millions de dollars que cela a fait subir à l’économie nationale, le Rassop aussi doit admettre qu’il n’a pas réussi à mobiliser. Certains, toute honte bue, prétendent que les Congolais étaient tout simplement intimidés par l’impressionnant dispositif policier et militaire déployé à travers les grandes villes du pays. N’a-t-on jamais dit ici qu’un peuple déterminé est plus fort que la plus puissante des armées ? C’est même devenu le credo des opposants ! Non, ils doivent reconnaître qu’ils n’ont pas été suivis. Ils ont échoué aujourd’hui, comme ils ont échoué hier et peut-être qu’ils échoueront encore demain s’ils ne prennent garde. Dans le cadre des marches ou des villes mortes.

 

En ce qui concerne particulièrement les villes mortes, il faut reconnaître objectivement que les gens préfèrent rester à la maison et ne pas envoyer les enfants à l’école pour se mettre à l’abri, et non par adhésion à la démarche des opposants. Et même dans l’hypothèse où cela serait le fait de leur adhésion aux idées portées par l’opposition, comment ces manifestations arriveront-elles à dissuader les dirigeants actuels de leur travail de sape contre les dispositions pertinentes de la constitution.

 

Il y a lieu, à ce stade, de s’interroger sur les raisons des difficultés qu’éprouvent les opposants à mobiliser véritablement les populations ou plutôt les raisons de l’absence d’engagement des masses populaires. Parmi les multiples raisons pouvant concourir à cet état de choses, on retient généralement le manque de confiance à l’égard des acteurs politiques, y compris ceux de l’opposition. Notons que les opposants les plus en vue aujourd’hui, excepté les membres des partis tels que l’UDPS, le MLC, l’ECIDE, étaient jusqu’il y a quelques mois des membres influents de l’actuelle majorité au pouvoir, et donc comptables, autant que ceux qui sont restés fidèles au Chef de l’Etat, du bilan négatif de leur gestion commune. Et ce, sur les plans économique, social, sécuritaire, et que sais-je encore. Les ‘’bourreaux’’ d’hier seraient passés dans l’opposition pour des raisons de positionnement politique. Pas plus. Le peuple, loin d’être dupe, en est conscient.

 

Il n’y a par ailleurs aucune assurance que ceux qui militent depuis de nombreuses années dans l’opposition garderont la ligne jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à l’alternance. Beaucoup d’opposants les plus rompus ont en effet cédé à la première et moindre tentation. Et sans vergogne, ils ont radicalement changé de discours. Peut-être que les autres attendent leur tour d’être servi.

 

Quoiqu’on dise sur la soif d’alternance ressentie par les populations, il ne demeure pas moins vrai que ces dernières ne font pas toujours confiance aux opposants, aux acteurs politiques de manière générale. Il faut donc travailler pour recréer cette confiance, car le capital confiance est déterminant pour toute mobilisation. En même temps, réfléchir et mettre en œuvre des stratégies qui peuvent effectivement ébranler le régime en place. Au cas contraire, il faut simplement espérer que les dirigeants actuels soient visités par le Saint Esprit ou attendre, on ne sait jusque quand, que le peuple se prenne en charge. Entre-temps, comme sous la transition des années 90, il faut craindre une pseudo-libération qui ferait reculer le pays de vingt ans.

 

JPD Libaku

2 Comments

  1. Ahhh Wiii mon frère, je pense que la population commencent à comprendre qu’ils ne doivent plus se faire manipuler par ceux qui les utilisent juste pour assouvir leurs soif du pouvour

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