RDC : Est-il possible de sortir de la crise ? (Édito)

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A neuf semaines de la date fatidique du 31 décembre, le ton se durcit du côté de l’opposition et la tension ne cesse de monter parmi la population. Très remontées contre la centrale électorale pour n’avoir pas convoqué le corps électoral en vue de la tenue des scrutins, essentiellement la présidentielle, dans le délai imparti par l’accord politique global et inclusif du Centre inter-diocésain, les forces politiques et sociales acquises au changement exigent désormais le départ pur et simple de Joseph Kabila à l’échéance du 31 décembre.

 

Selon l’opposition, le retard pris dans le processus électoral et la dernière sortie renversante du président de la CENI, Corneille Naanga, annonçant l’impossibilité de tenir les élections avant la seconde moitié de l’année 2019 constituent des manœuvres de la part du pouvoir afin de se maintenir le plus longtemps possible au pouvoir et retarder davantage les échéances électorales, et donc l’alternance au sommet de l’État. Elle entend en conséquence non seulement mobiliser le peuple, mais aussi resserrer ses rangs en vue de faire échec à ce complot grossièrement ourdi dans les laboratoires du régime finissant de Joseph Kabila. Bien évidemment, les thuriféraires du pouvoir évoquent plutôt la mauvaise foi des opposants et disent s’en tenir aux avis techniques de la CENI.

 

A ce débat très vif, et à ce jour sans issue, s’est également invitée la superpuissance mondiale à travers son ambassadrice aux Nations Unies, Nikki Haley. La diplomate américaine a, en effet, entrepris une visite en République démocratique du Congo pour évoquer avec les acteurs congolais des questions principalement liées au processus électoral. Un seul message : les élections devront se tenir en 2018. Au cas contraire, la RDC ne devrait plus compter sur l’appui des États-Unis et de toute la communauté internationale. C’est bien ce discours de vérité et de fermeté que les États-Unis, par sa représentante à l’ONU, ont tenu aux autorités congolaises.

 

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Ceci dit, quelques questions subsistent tout de même. Comment sera gouverné le pays après le 31 décembre jusqu’à l’organisation des élections en 2018 si la majorité entendait finalement raison ? Faut-il remettre sur la table l’accord de la Saint sylvestre ou faut-il organiser un nouveau dialogue ? Enfin, quelle suite réserver à l’idée du Rassemblement de l’opposition (Rassop), aujourd’hui rejoint par d’autres forces de l’opposition qui comptent, à l’instar de l’UNC, de voir se mettre en place après 2017 une transition sans Kabila ? C’est là l’équation qu’il faille résoudre à tout prix.

 

Pour le Rassop, face à l’évidence de la non tenue de l’élection présidentielle dans les délais, il ne reste qu’à mettre en exécution l’article 64 de la Constitution qui dispose, dans son alinéa 1er : « Tout Congolais a le droit et le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la Constitution ».

 

La vérité, c’est qu’il n’est pas certain que Kabila quitte le pouvoir dans ces conditions et, dans l’hypothèse où cela venait à se produire, on peut à bon droit se poser les questions de savoir quelle personnalité prendrait, en ce cas, la direction du pays et par quel mécanisme serait-elle désignée ? Pour toute réponse, certains irréductibles de l’opposition s’appuient sur l’exemple du Burkina Faso et l’éventuel soutien (on ne sait pas jusqu’où irait-il) des Occidentaux.

 

Seulement voilà ! Ce qui est arrivé le 30 octobre 2014 au ‘’pays des hommes intègres’’ n’est pas reproductible dans tous les cas. Sinon, Denis Sassou Nguesso, aujourd’hui très impliqué dans la recherche des solutions au problème Rdcongolais, n’aurait pas obtenu son actuel mandat dans son pays, et le Burundi ne serait pas là où il est à ce jour.

 

Peut-être que le Rassop ne fait que monter les enchères, sachant qu’il serait bien obligé de cohabiter avec Kabila. Il n’est pas du tout excessif d’imaginer qu’en cas de transition, le véritable Rassop, vu son ancrage sociologique, prendrait la tête du gouvernement. Du fait de l’application effective et intégrale de l’accord de la Saint Sylvestre ou d’un nouveau dialogue. Et l’actuel Chef de l’État restera bien en place, au grand dam des partisans zélés de l’opposition. Il faut espérer que cela ne permette pas à Joseph Kabila de gagner encore du temps et ne corrompe pas les membres du Rassop et d’autres forces acquises au changement. Entre-temps, les arguments ‘’techniques’’ de la CENI devront être, de l’intérieur, démontés point par point. Et les moyens financiers mobilisés. Le contraire serait simplement ‘’utopique’’ et difficile à entrevoir.

 

JPD Libaku