Et si Katumbi n’était pas candidat ?

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A la suite de la révélation du magazine francophone Jeune Afrique sur la supposée nationalité italienne de Moïse Katumbi, le Procureur Général de la République n’a pas tardé de se saisir de l’affaire. Très vite, il a ouvert une information judiciaire pour y voir plus clair.

 

Cet empressement inédit du PGR à se saisir d’une telle affaire n’a pas manqué d’offusquer plus d’une personne dans la mesure où le même procureur a totalement fermé les yeux s’agissant d’autres acteurs politiques se trouvant dans la même situation. Pire encore, certains d’entre eux sont aujourd’hui aux commandes de l’Etat. A divers niveaux de responsabilité.

Le PGR, accusé d’être instrumentalisé par les adversaires politiques de l’ancien gouverneur de l’ex-Katanga, semble, lui, avoir une toute autre grille de lecture.

 

Cependant, si cette révélation venait à être confirmée, Moïse Katumbi n’aurait pas le droit de concourir. Pour avoir acquis la nationalité italienne, en effet, il perdait inéluctablement la nationalité congolaise. Et même s’il a renoncé à la nationalité italienne, il ne pourrait  pas recouvrer automatiquement sa nationalité d’origine.

L’article 32 de la loi sur la nationalité congolaise dispose que « tout Congolais d’origine, qui a perdu sa nationalité, peut la recouvrer par déclaration faite conformément aux dispositions de l’article 34. Il doit avoir conservé ou acquis avec la République Démocratique du Congo des liens manifestes, notamment d’ordre culturel, professionnel, économique, sentimental ou familial. La déclaration n’a d’effet qu’à compter du jour de son enregistrement ».

Par ailleurs, l’article 33 de la même loi stipule que « le Gouvernement peut s’opposer au recouvrement de la nationalité congolaise de l’impétrant pour indignité ».

En attendant d’épuiser la procédure en la matière, Moïse Katumbi sera à son corps défendant sur le banc de touche. Le moratoire étant pour le besoin de la cause relégué aux oubliettes.

 

Ce qui ferait les choux gras de la majorité qui croit s’être débarrassé d’un adversaire de taille. L’un des acteurs qui comptent le plus dans l’opposition et qui jouissent d’une popularité certaine auprès des populations. Tous les sondages ou presque le placent en tête, devançant ainsi tous les candidats à la présidentielle, y compris les probables dauphins de Kabila.

Pourtant, la MP pourrait bien s’y tromper. La mise hors course du riche homme d’affaires katangais ne leur serait pas forcément bénéfique. La raison est toute simple. En effet, s’il s’avérait que le président d’Ensemble pour le changement a perdu la nationalité congolaise – de ce fait inéligible -, il appellerait à coup sûr à voter Felix Tshisekedi avec qui il partage des convictions et à qui il voue une certaine amitié de tous les candidats déclarés à la présidentielle.

 

Le candidat de l’UDPS bénéficiera assurément de précieuses voix de son partenaire du Rassemblement. En plus des voix de ses irréductibles et inconditionnels soutiens et sympathisants

Si la transparence est garantie au processus électoral, l’éjection de Moïse Katumbi ferait en réalité plus mal à la majorité qu’à l’opposition. A défaut d’une candidature unique de l’opposition, on assisterait probablement à la coalition de deux des principales forces de l’opposition : l’UDPS et Ensemble pour le changement. Sans compter d’autres possibles ralliements à la veille du scrutin.

La majorité aurait plutôt intérêt à voir de multiples candidatures au sein de l’opposition. Ce qui ferait émietter ses voix au profit du dauphin du Raïs.

Gare à ceux qui se feraient prendre, alors qu’ils croyaient prendre. A malin, malin et demi, dit-on.

 

JPD Libaku

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